TEMOIGNER DANS NOTRE VIE

 

Ute Caspers

Emma Espinoza de Vichez

Wilson Shivachi

Jaime Tabingo

 

Une Table ronde lors de la 21 e Triennale du FWCC

(Comité consultatif mondial des Amis)

King’s College, Auckland,

Aotearoa/Nouvelle-Zélande,

le 23 janvier, 2004

 

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Tom & Liz Gates

Benson Simiyu

Messages prononcés pendant les cultes à la Triennale

 

 

Introduction

 

Les quatre premiers textes publiés ici ont été des contributions à une Table ronde. Nous les imprimons dans l’ordre originel. On avait demandé à chaque participant de parler de ses propres expériences en relation avec le thème de la Triennale:

 

“Être des témoins fidèles: servir Dieu dans un monde en mutation.”

 

Emma Espinoza de Vichez a parlé en espagnol, les autres en anglais. Les équivalents français des passages bibliques cités viennent de la traduction de Louis Segond.

 

Les   deux messages supplémentaires ont été prononcés durant les cultes de la Triennale. Tom & Liz Gates ont parlé le 18 janvier; Benson Simiyu le 23 janvier.

 

Les quatre textes de la Table ronde, et le message de Tom et Liz Gates, sont publiés séparément comme deux brochures du Wider Quaker Fellowship, FWCC Section des Amériques (voir à la fin). Le texte anglais de ces cinq textes ont été édité par Vicki Hain Poorman; celui de Benson Simiyu par Annis Bleeke.

 

 



Ute Caspers est chercheuse de la vérité, mère, grand-mère, amie, voisine et ouvrière de la paix. Membre de l’assemblée annuelle allemande, elle sert comme observatrice du FWCC au Comité central du Conseil œcuménique des églises, et comme “Amie en visite” pour la Section de l’Europe & du   Moyen-Orient du FWCC.

 

Cela a été pour moi un grand honneur — et aussi un défi et une responsabilité — quand le Bureau mondial m’a demandé de témoigner sur le thème de la Triennale.   Je ne leur ai pas posé la question “pourquoi moi?” J’accepte comme un défi la pensée que je devrai me prendre au sérieux — dans un contexte plus ou moins publique — moi, vraiment, suis-je un témoin fidèle, est-ce que je sers Dieu dans un monde en mutation?

 

Là où j’habite, en Europe, il plaît aux gens — aux Amis même — de tout définir, y compris Dieu.   Les gens se servent beaucoup de la tête, parfois au détriment du cœur et de la foi. Or, la définition de Dieu qui m’a fascinée le plus, c’est que Dieu est le grand “Et Pourtant”.

 

J’aimerais vous parler de deux rencontres que j’ai eues, deux témoignages à ce grand “Et Pourtant”. Dans une des rencontres il s’agit de la foi; dans l’autre il s’agit du fait d’être témoin.

 

Et le monde en mutation? Malheureusement, dans le domaine du conflit et de la guerre le monde n’a pas beaucoup changé dans les derniers 3000 ans.   La technologie militaire a changé, pour tuer les gens plus facilement, et la technologie de la propagande a changé, pour rendre plus difficile la résistance, même de la part des gens qui se sentent concernés.

 

Pour moi, la crise du Golfe de 1990-1991 a été la première fois que la guerre a éclaté sur l’écran de la télé.   Pendant des mois on nous a bombardés avec des nouvelles sur les atrocités commises par Saddam Hussein au Koweit. Certaines des histoires se sont avérées plus tard totalement fausses, des mensonges inventés pour nous faire croire qu’une action militaire était la seule action possible pour mettre fin à cela. On a envoyé des soldats américains, prononcé des ultimatums; on parlait de la guerre d’un ton froid, méthodique. Cela me faisait mal, constamment. Ayant éprouvé, comme des millions d’autres, la perte de ma famille et de ma maison dans la guerre de 1939-45, je pouvais sentir la douleur future du peuple irakien, je voyais les orphelins futurs et les familles brisées. Cette douleur n’était guère supportable.   Dans un tel monde, me semblait-il, il n’y avait plus de place pour moi. Je pensais sérieusement au suicide.

 

Et pourtant — un jour, au milieu de mes travaux domestiques, j’ai entendu une voix qui me parlait: “Et Pourtant tu peux vivre.   Il faudra des gens pour réparer ce qu’on a brisé.” Quelle expérience!   J’ai été impressionnée, profondément. Ma dépression s’est évanouie, et j’avais bientôt l’énergie pour quitter mon travail d’enseignante de langues et pour m’équiper pour un travail actif dans le domaine du conflit et de la paix. Dans ma tête je ne suivais pas consciemment une vocation, mais je vois rétrospectivement qu’il devait y avoir beaucoup de foi là-dedans sinon je n’aurais pas agi comme cela.

 

Depuis lors j’ai vu une grande variété de situations de conflit, en Afrique du Sud, dans la région dans grands lacs africains, et en Sierra Leone, et j’ai pu guider d’autres gens sur le chemin du travail actif pour la paix.

 

Ma rencontre la plus récente comme témoin du grand “Et Pourtant” a eu lieu il y a un an quand j’ai participé au Programme œcuménique d’accompagnement pour la Palestine et Israël sous l’égide du Conseil œcuménique des Eglises.   Notre Amie palestinienne Jean Zaru a mentionné ce programme dimanche dernier au cours de son émouvant discours sur la situation désespérée dans son pays.   Moi, on m’a affectée à Bethléem.

 

Comme vous pouvez imaginer, Bethléem a eu une célébration très spéciale en l’an 2000. Sur la plan politique, la période 1995-2000 était assez calme dans cette région troublée.   Les Accords d’Oslo avaient inspiré de l’espoir, et des individus et des communautés chrétiens (des pays, même) de presque tous les coins du monde ont adopté des bâtiments, des rues, des places pour préparer Bethléem pour une fête d’anniversaire très spéciale.   Je crois que la ville était belle comme un bijou — pendant quelques mois. Je pouvais encore voir cela en 2003 — aux moments limités où je pouvais sortir.   Le recours à la violence dans l’Intifada d’Al Aqsa (deuxième tentative des Palestiniens pour terminer l’occupation israélienne) avaient provoqué quelques incursions dans la ville. Un événement particulièrement lourd était le siège de l’Eglise de la Nativité, autour de Pâques 2002.   Je pouvais voir des signes de mort et de destruction partout où je voyais, et il ne restait plus grand’chose de la beauté et du désespoir. La misère et la désolation étaient palpables.

 

Et pourtant! Et pourtant j’ai rencontré dans cette communauté souffrante des gens qui refusaient de perdre l’espoir. On m’avait affectée à l’Eglisé luthérienne de Noël afin d’aider à préparer la grande ouverture de leur nouveau Centre international. Toutefois, on a dû reporter cela — pour une troisième fois — au cause d’une reprise de couvre-feu et de blocus.

 

Et pourtant , le bâtiment était là, nouveau, propre et très agréable aux yeux. Les fidèles avaient trouvé une subvention et nommé un architecte finlandais déjà primé pour créer une structure inspirante qui aiderait à promouvoir dans la communauté un nouveau sentiment de sa valeur.   Je l’appelais mon “étoile de Bethléem”. Depuis, on l’a inauguré, et le bâtiment sert la communauté — et chrétiens et musulmans — avec des classes d’art et d’artisanat, des concerts, et des expositions, offrant un contrepoids à la privation et à l’oppression quotidiennes (dont Jean Zaru nous a parlé dans son discours).

 

Voilà des exemples qui sont proches de l’idée de témoignage fidèle.   Et pourtant je j’entends pas souvent des directions claires, je n’ai pas souvent le bonheur de voir un miracle aussi brillant que celui de Bethléem que je viens d’évoquer.

 

Nous ne sommes pas tous dans une situation pour partir et pour témoigner de choses grandes, mais nous pouvons tous soutenir des   “Et pourtant” plus petits, en gardant nos yeux ouverts aux besoins de nos voisins.

 

Pendant que mon “étoile de Bethléem” brillait, j’ai vu de nombreuses situations dominées par le désespoir, dans lesquelles aucun “Et pourtant” n’était évident.   Je crois que nous devons être à la recherche du plus petit “Et pourtant” — tout comme nous sommes appelés à chercher Dieu.

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Soutenir le grand ou le petit “Et pourtant”, où qu’il veuille apparaître, cela veut dire changer des choses. Peut-être est-ce la meilleure proximité que je puisse atteindre au vrai service de Dieu dans un monde en mutation.

 

Quand je réfléchissais à ce témoignage,   une image biblique m’est venue à l’esprit, celle de l’arc-en-ciel après le grand déluge, et de l’alliance offerte par Dieu à Noé et à son peuple. Nous lisons dans la Genèse :

“J’ai placé mon arc dans la nue, et il servira de signe d’alliance entre moi et la terre.   Quand j’aurai rassemblé les nuages au-dessus de la terre, l’arc paraîtra dans la nue; et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair.” ( Genèse 9:13-15)

 

 

Emma Espinoza de Vichez est pasteur et clerk de l’Assemblée annuelle du Salvador. Elle enseigne aussi à l’école des Amis à San Ignacio.   Emma est mariée, avec deux filles adultes et une petite-fille.

                Je voudrais remercier Dieu et le Comité mondial pour le privilège de pouvoir vous parler aujourd’hui sur ce thème.   L’honneur et la gloire sont pour Dieu.

                Nous lisons dans Actes 1:8:  

“Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.”

 

Ce que j’espère partager avec vous ce matin, avec l’aide de Dieu, sera peut-être inconnu de certains, et pour d’autres une partie de votre identité même.   J’espère glorifier Dieu et aussi témoigner à ce que Dieu a fait dans ma vie.

 

Nous vivons vraiment dans un monde en mutation, et nous-mèmes nous changeons, mais il y a un être très spécial qui a dit: “Je suis l’Eternel, je ne change pas”( Malachie 3:6). C’est le Seigneur tout-puissant. L’épître aux Hébreux nous affirme cela en disant: “Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui et éternellement” ( Héb . 13:8)   Jésus-Christ est Dieu.

 

Il y a une cantique qui bénit vraiment mon âme, et j’essaierai d’en chanter le refrain et le premier couplet.

                Les temps changent, et les époques,

                Les fleurs flétrissent;

                Il n’y a qu’un qui est invariable,

                Le Christ ne changera jamais.

 

Le Christ ne changera jamais.

Tout passera.

Les années s’écouleront comme des fleuves rapides,

La vie s’en ira, rêve étincelant;

Mais gardons cette vérité certaine:

Le Christ ne changera jamais..

Cet être merveilleux qui ne change pas nous demande, toi et moi, d’être ses témoins.   Comment faire cela?

La première étape, c’est une rencontre personnelle avec Jésus-Christ. Jean 1:12 nous dit: “Mais à tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, la parole divine a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu”. Un autre aspect important, c’est que: “Le sang de Jésus son fils nous purifie de tout péché”(I Jean 1:7b). Quelle que soit notre condition spirituelle, Dieu nous donne un cœur nouveau.   Il suffit d’ouvrir notre cœur à Lui.

La deuxième étape, c’est d’avoir l’expérience de la plénitude de l’Esprit.   Jésus-Christ, après sa crucifixion et résurrection mais avant son ascension, a demandé à ses disciples de rester à Jérusalem jusqu’à ce que la puissance du Saint-Esprit les remplisse.   Ayant suivi Jésus, ils le connaissaient; mais Jésus les connaissait aussi et il savait que cette expérience leur était nécessaire pour qu’ils soient ses témoins fidèles.   Par exemple, Pierre a promis à Jésus de le suivre, si nécessaire, jusqu’à la mort; mais lors de l’arrestation du maître, Pierre n’a suivi qu’à distance, il l’a renié même. Plus tard, après l’expérience de l’Esprit, on a fait pression sur Pierre, on l’a menacé pour qu’il ne parle plus au nom de Jésus. Mais il a répondu avec autorité: “Jugez s’il est juste, devant Dieu, de vous obéïr plutôt que Dieu, car nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu” ( Actes 4:19 & 20).

Qu’est-ce qui a fait la différence?   Le pouvoir de l’Esprit.

Un autre exemple est celui de Jean, qui voyageait avec Jésus quand les Samaritains ont refusé de l’accueillir.   Jacques et Jean ont dit : “Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume?” ( Luc 9:54). La colère et le vengeance les ont saisis.   Pourtant Jean a écrit plus tard: “Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour… Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur” (I Jean 4: 8 & 20)

Qu’est-ce qui a fait la différence?   Le pouvoir de l’Esprit. Pour être des témoins fidèles de Dieu dans ce monde en mutation, il nous faut cette expérience.

La troisième étape, c’est ceci: Pour servir Dieu fidèlement, il nous faut vivre dans l’Esprit.   Jésus a dit: “Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui a fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux”( Matt . 7:21) L’apôtre Paul confirme cela en disant: “Mais le fruit de l’Esprit, c’est l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi . ( Gal . 5:22, 23).    Cela nous distingue des autres. Dans un monde plein de haine, de ressentiment et d’amertume, nous pouvons avoir l’amour, donner l’amour.   Au milieu de la souffrance la joie et la paix peuvent être dans notre cœur.

J’aimerais partager avec vous une petite expérience. J’ai beaucoup entendu que pour de nombreux Amis il a été difficile de venir en Nouvelle-Zélande.   Moi aussi j’ai mon histoire. Le 22 décembre je suis allée avec mon mari et ma fille jusqu’à la capitale de Guatemala pour faire une demande de visa. Il n’y a pas d’ambassade britannique au Salvador, et nous avons cru bon à cette date de voyager comme famille. Nous sommes arrivés à dix heures du matin, et nous avons passé deux heures dans l’ambassade.   Mon mari a laissé la voiture dans un parking plein de belles voitures neuves, pas comme notre petite voiture ancienne.   Mais nous avons été surpris, en revenant au parking, de ne pas la voir. Début d’une triste histoire.   Nos affaires personnelles avaient disparues.   Mon mari avait laissé dans la voiture des dossiers du Ministère de l’Education. C’était vers le début de notre Assemblée annuelle, et moi, comme clerk, j’avais aussi beacoup de papiers pour les sessions.

                Le lendemain, après avoir reçu mon visa, je suis rentrée par bus, avec ma fille.   Mon mari est resté encore un jour à Guatemala pour voir si on retrouverait la voiture. Je suis arrivée chez moi le 24 décembre. A l’église les jeunes préparaient avec enthousiasme la fête de Noël, et je devais préparer mon sermon de Noël.   Mais j’avais le cœur triste.   J’ai passé la journée à lire, à prier, à écrire — et un peu à pleurer en posant un tas de questions; “Seigneur, ce soir je dois donner un message de joie et de bonnes nouvelles.   Mais je suis triste.”   Pourtant Dieu a parlé à mon cœur. Le livre de Habakuk 3:17-19 nous dit:

“Le figuier ne fleurira pas, la vigne ne produira rien, le fruit de l’olivier manquera, les champs ne donneront pas de nourriture; les brebis disparaîtront du pâturage, et il n’y aura plus de bœufs dans les étables.

Toutefois, je veux me réjouir en l’Eternel, je veux me réjouir dans le Dieu de mon salut.  

L’Eternel, le Seigneur, est ma force; il rend mes pieds semblables à ceux des biches, et il me fait marcher sur mes lieux élevés.”

Et j’ai pu dire “Mon Seigneur, je t’aime”. Une grande joie a rempli mon cœur du fait que je pouvais L’aimer et Le servir.”

Permettez-moi de dire en conclusion: Dieu est fidèle, et il veut que nous soyons, toi et moi, ses témoins fidèles, que nous Le servions.

Cherchons une expérience toujours plus profonde, et donnons-Lui le meilleur de nous-mêmes.   Cela apportera des bienfaits pour aujourd’hui et pour l’éternité. Dans les derniers jours Dieu nous dira:

“C’est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.” ( Matt . 25:23)

Merci.

 

 

 

Wilson Shivachi est clerk de l’Assemblée annuelle de Nairobi, au Kenya. Agé de 55 ans, il est marié avec sept enfants d’entre 18 et 34 ans. Il vient de prendre sa retraite de l’Université de Nairobi, où il travaillait comme Technologue dans l’Electronique.   Son désir est de continuer à servir le Seigneur.

 

A Dieu notre créateur je donne la gloire et l’honneur; et je remercie aussi le Bureau mondial du FWCC pour m’avoir accordé cette occasion pour partager avec vous mon expérience de quaker.

 

C’est dans une famille quaker que je suis né et que j’ai grandi, et je suis allé à des écoles quakers. Mais cela n’a pas suffi pour faire de moi un témoin de Dieu. Il faut aussi la main de Dieu pour nous faire comprendre et entrer en communication avec notre créateur, le Seigneur tout-puissant.

 

Une fois, guand j’étais un jeune homme dans l’églises, mon pasteur a lu des versets du prophète

Esaïe 6: l-8, et surtout le huitième qui dit: “Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous?” Ç’a été Dieu qui parlait à son serviteur Esaïe, qui a dit en réponse: “Me voici, envoie-moi.” Cela m’a ému, et je me suis mis à réfléchir sur les choses que Dieu voulait que je fasse pour Lui.

 

On ne peut témoigner de la fidélité de Dieu que lorsqu’on accepte d’être l’outil du Seigneur tout-puissant — j’ai accepté alors de servir Dieu.

 

Qui donc est un témoin fidèle? Une personne qui est sûre, en qui on peut avoir confiance. Une personne intègre. Une telle personne donne un témoignage honnête devant Dieu.

 

Un jour j’allais à une banque retirer de l’argent pour payer du travail. J’allais avec l’homme à qui cet argent était destiné. En chemin j’ai vu un vieil ami et je l’ai fait monter dans la voiture. Après ma visite à la banque, j’ai oublié que nous étions trois dans la voiture, et j’ai donné l’argent à l’homme assis à côté de moi. Quelques heures plus tard, celui à qui je devais l’argent m’a demandé où c’était.   Pour des gens de mon pays, c’était une somme considérable.

 

Or, l’autre homme était parti, et je n’ai pas pu le trouver; il est devenu évident que je devais chercher de l’argent ailleurs pour payer mon créancier. J’étais troublé et confus. J’ai prié mon Dieu, et quatre jours plus tard j’ai retrouvé mon vieil ami. Comme Dieu est fidèle!   Cet homme m’a rendu tout l’argent que je lui avait donné, en disant: “J’y ai réfléchi et j’ai senti que tu ne voulais vraiment pas me donner tout cela.” Voilà une preuve claire que Dieu répond aux prières quand on lui fait confiance.

 

En réfléchissant au thème de cette Triennale, je me suis rendu compte que Dieu, en nous appelant à son service, nous donne des talents variés afin de nous permettre de témoigner comme témoins fidèles dans ce monde en mutation. Dans la première lettre de Paul aux Corinthiens (12:1-4 etc), l’apôtre dénombre certains de ces talents-là.   En fait, la Bible nous dit clairement que chacun d’entre nous devra rendre compte de notre manière d’utiliser ces talents. Dans le même livre, I Corinthiens 1:8-9, Paul dit: “Dieu vous affermira aussi jusqu’à la fin, pour que vous soyez irréprochables au jour de notre Seigneur Jésus-Christ. Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son fils Jésus-Christ.” Dans la suite Paul constate que la fidélité de Dieu a contribué à sa propre fidélité.

 

 

Le monde est en mutation, mais il nous faut fixer notre attention sur le Dieu que nous servons. Certains chrétiens insistent qu’il ne faut jamais admettre que “c’est dur en ce moment” et qu’il faut toujours maintenir “une perspective positive” sur toute chose. Par conséquent, quand on leur rencontre avec la question “Comment vas-tu aujourd’hui?” ils répondent, “Formidable! Tout va très bien.”   Or, une perspective positive n’est pas un vice (elle vaut mieux qu’une perspective négative), mais il nous faut être réels. Il n’est pas négatif d’admettre que la vie est parfois difficile.   Si tu nies la réalité, tu te diminues toi-même et tu deviens une personne moins complète — et cette irréalité réduira ta capacité de tenir tête aux difficultés dans l’avenir.

 

Dans la vie les journées de croissance et de leçons sont plus nombreuses que les journées grandes et formidables.   Un chrétien a remarqué que “La vie chrétienne, c’est parfois avancer de trois pas et reculer d’un pas.” Dans la vie chrétienne il s’agit de persévérer malgré les obstacles et les événements atterrissants de la vie.   Dieu nous a donné la grâce de faire cela, mais là encore il nous faut investir notre volonté du côté de cette grâce-là. Il faut avoir confiance et il faut faire un effort. Continue à avoir cette confiance, continue à faire cet effort!

 

Dans le livre de Matthieu 24:45, Dieu parle d’un “serviteur fidèle et prudent”. Il s’agit un serviteur à qui le maître a confié la gestion de la maison, et qu’il retrouve fidèle à son retour — c’est un serviteur fidèle qui rend bien compte des choses.

 

Dans ce monde en mutation, plein de guerres, de haines, de maladies incurables et d’autres désastres, Dieu est son seul espoir.   Je suis ravi d’éprouver l’esprit de Dieu dans cette assemblée.   Nous avons continué à maintenir des relations cordiales, en partageant nos forces, nos faiblesses, nos problèmes et nos richesses.   C’est cela un vrai esprit quaker et une preuve de l’amour de Dieu à cette Triennale. Chers Amis, soyez dignes de cette vocation, car vous en donnerez un vrai témoignage à la fin.

 

En conclusion, mes Amis, vous voyez que j’ai parlé de plusieurs choses et que j’ai cité un peu la Bible.   On serait tenté de dire que les citations ne pourraient s’appliquer qu’à leur propre contexte. Mais la parole de Dieu est réelle, et nous devons monter à la hauteur de l’occasion pour être des témoins fidèles du Seigneur qui nous appelle dans son service.

 

Que Dieu vous bénisse tous.

 

 

 

 

Jaime Tabingo est directeur national des Missions des Amis Evangéliques aux Philippines, et Secrétaire général de l’assemblée annuelle des Philippines. Il enseigne au Collège théologique de Manila, où il prépare des étudiants de plusieurs pays de l’Asie à retourner dans leurs pays comme pasteurs et missionnaires.

 

Etre un témoin du Seigneur Jésus-Christ n’est pas tâche facile.   Il faut avoir connu personnellement la puissance de l’Esprit-Saint avant d’être un témoin efficace pour Lui.   Je crois que nous devons préciser d’abord quelle est la responsabilité d’un témoin. Il doit être qualifié, sinon il ne sera pas efficace.   Rappelons-nous que les disciples, avant de recevoir cette commande de Jésus-Christ, avaient déjà passé trois années avec Lui.   Et puis l’ordre leur a été donné d’aller à Jérusalem pour se consacrer à dix journées de prière dans une chambre haute.   Après cela, le Saint-Esprit est descendu pour les remplir tous.   Le même jour (la Pentecîote), il se sont mis debout devant le peuple et ils ont commencé à partager la Parole de Dieu. Cela a été le début de leur témoignage efficace.

 

A partir de ma propre expérience, je voudrais parler avec vous de mes débuts de témoin pour le Seigneur Jésus-Christ dans ce monde en mutation.

 

 

Tout d’abord , j’ai commencé à témoigner pour Jésus en 1963, quand la vraie Lumière m’a éclairé.   Avant, je n’avais pas cette relation personnelle avec Lui, bien qu’ayant grandi dans une famille chrétienne. Je me croyais enfant de Dieu, puisque j’assistais à l’école du dimanche et j’allais régulièrement à l’église.   A la maison, mes parents m’ont appris à lire la Bible et à prier.   Mais dans mon for intérieur je luttais avec moi-même au sujet de ma relation personnelle avec Dieu.   Puis un soir enfin, comme j’écoutais prêcher la Parole de Dieu, Il m’a parlé de manière très frappante. J’ai été convaincu de ma condition de pécheur.   J’ai appris que Jésus-Christ était mort pour moi sur la croix pour m’ôter les péchés. Cette soirée de décembre, je me suis humilié devant Dieu, et j’ai accepté Jésus-Christ comme mon propre Seigneur et Sauveur. Cette soirée, aussi, j’ai connu la paix et la joie miraculeuse que seul Jésus-Christ peut donner. Maintenant je puis dire avec certitude que si quelque chose m’arrive, je suis sûr d’entrer dans Son Royaume parce que j’ai la Lumière de Dieu. Cette lumière, c’est Jésus-Christ.

 

Deuxièmement , j’ai continué à témoigner pour Jésus en tenant bien compte de sa demande que je lui consacre ma vie comme pasteur à plein temps.   En 1964, j’ai eu la certitude que le Seigneur m’appelais à Le servir à plein temps. Avant, j’avais mes propres ambitions laïques.   Je voulais suivre des cours de médecine au collège. Bien que né dans une famille pauvre, j’étais résolu de poursuivre mon ambition.   Mais plus je servais Dieu dans mon église locale, plus le désir d’avoir un ministère à plein temps s’imposait dans mon esprit. Toutes les fois que je me suis adonné   à enseigner la Parole de Dieu aux enfants et aux jeunes, ils ont réagi avec enthousiasme à ce que je leur partageais. Et quand je me couchais la nuit, je sentais la douce paix et la joie de Jésus qui remplissaient tout mon être.

 

Troisièmement , mon travail de pasteur à plein temps m’a amené et m’engager dans l’établissement d’églises et l’entraînement de jeunes chefs pour être pasteurs. Je fais cette sorte de ministère depuis déjà trente-huit années, dont vingt-six années passées avec les Amis Evangéliques.   Le Seigneur m’a appelé à l’âge de dix-neuf ans.   J’ai commencé à prêcher, à enseigner, et à apprendre à des jeunes d’être pasteurs comme moi.   Au Collège théologique de Manila, où j’enseigne et prêche, mes étudiants viennent de plusieurs pays de l’Asie, comme la Chine, le Myanmar [Birmanie], la Corée et les Philippines.   Quelle joie de les voir terminer leurs études et retourner à leur pays, ville ou province pour communiquer à leur compatriotes le message du Seigneur Jésus-Christ. Même si je ne vais pas à tous ces endroits d’où viennent mes étudiants, ce sont eux qui deviennent missionnaires à leurs voisins. Et moi, puisque j’ai participé à leur vie et à leur entraînement, c’est comme si j'étais déjà allé chez eux.   Voilà la beauté d’être éducateur par la connaissance de l’esprit et du cœur.

 

Enfin , mon travail avec les Amis Evangéliques m’aide à élargir ma vision, pour planter des églises quakers non seulement aux Philippines, mais aussi dans toute l’Asie.   Récemment, j’ai été pasteur en visite à une église à Abu Dhabi, dans les Emirats arabes unis.   Je les ai persuadés d’adopter l’enseignement et les doctrines des Amis Evangéliques. J’y étais pasteur pendant quatre mois.   Je suis parti laissant soixante de leurs chefs entraînés à dire et à prêcher la Parole de Dieu. Le mois dernier, j’ai eu une semaine d’entraînement et de prêche dans notre nouveau terrain missionnaire de Myanmar.   M. Tual Khan Pau, directeur national de nos travaux quakers, est venu aux Philippines il y a plusieurs années pour apprendre à être missionnaire.   Il s’est joint à notre Eglise des Amis de Pasig City, à Metro-Manila. Après avoir appris dans notre église les enseignements et doctrines des Amis Evangéliques, il est retourné chez lui pour commencer les travaux quakers.   Nous avons maintenant des travaux quakers florissants à Yangon [Rangoon], qui est la capitale du Myanmar.   J’espère que l’année prochaine, selon la direction du Seigneur, nous pourrons commencer une Eglise des Amis Evangéliques à Hong Kong.

 

Conclusion :   Après tous les efforts et les années passées à servir le Seigneur, je puis dire que je l’ai fait grâce à l’amour du Seigneur Jésus-Christ qu’Il a planté dans mon cœur.. Cet amour m’a obligé de le suivre et d’obéîr à sa volonté dans ma vie. Je ne puis que dire avec Paul l’apôtre: “Je rends grâces à celui qui m’a fortifié, à Jésus-Christ notre Seigneur, de ce qu’il m’a jugé fidèle, en m’établissant dans le ministère” (I Tim 1:12).

 

 

 

Enseigne-moi tes voies, ô Eternel

 

Culte à la 21 e Triennale du FWCC, dimanche le 18 janvier 2004

 

Tom & Liz Gates (Assemblée annuelle de Philadelphie) habitent à Lancaster, dans la Pennsylvanie et appartiennent à l’Assemblée mensuelle de Lancaster.   Ils ont vécu et travaillé avec des Ami(e)s dans divers coins du monde quaker, et programmés et non-programmés.   Ils cherchent tous les deux à vivre plus profondément dans les talents que Dieu leur a donnés.

 

Citation de la Bible:

“Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.”

Actes 1:8

 

Liz:          Tena koutou, Tena koutou, Tena koutou katoa.

Tom:        Hamjambo Marafiki.

Liz:          Bon jour, les Ami(e)s.

Tom:        Buenos días, Amigos!

Liz:          Good morning, Friends.

 

Liz:          “Enseigne-moi tes voies, ô Eternel!

Je marcherai dans ta fidélité.

Je te louerai de tout mon cœur…”

Psa 86:11

 

Debout devant vous ce matin, je me trouve étonnée par l’ironie qu’on m’ait demandé de parler dans le culte.   Dans mon assemblée locale, je suis muette depuis une année et demie — les paroles ne sont pas entrées dans mon cœur.   Je me suis sentie sèche, lointaine, égarée, isolée, abandonnée même; parfois je n’ai pu rien faire dans le culte que de pleurer. L’assurance profonde et durable de l’amour et de la direction de Dieu, telle que je l’avais toujours connue, s’est évaporée, laissant un vide que je n’ai jamais éprouvé dans le passé. Depuis des mois je dis avec le Psalmiste:

“O Dieu! Écoute mes cris, sois attentif à ma prière!

Du bout de la terre je crie à toi, le cœur abattu…

Je voudrais séjourner éternellement dans ta tente,

me réfugier à l’abri de tes ailes.”

Psa 61:1-2,4

Et pourtant je me tiens debout devant vous aujourd’hui.

 

La douleur de cet éloignement, cette nuit sombre, m’a confondue et déroutée, et pourtant je commence à comprendre que c’est un chemin où je ne marche pas seule. Dieu le place devant beaucoup d’entre nous; il nous faut le naviguer afin de mûrir dans notre foi, grandir dans notre capacité d’aimer.   La foi seule me permet d’avoir toujours la confiance que Dieu marche à côté de moi même quand je ne sens pas la présence divine.

 

En préparant le culte de ce matin, j’ai pensé au sens que peut avoir l’expression “témoin fidèle”.   En anglais, le mot “witness” peut signifier le verbe témoigner ou le substantif témoin. Un “witness”, c’est une personne qui observe et qui rend compte. Le verbe “witness” peut signifier soit une action soit une présence: on peut “witness” à la vérité par les paroles et des actions — témoignage actif — ou on peut témoigner de manière passive, rien qu’en observant.

 

Suis-je capable d’être un témoin fidèle quand je marche dans cette obscurité sèche?   J’apprends qu’il me faut seulement ouvrir les yeux.   Quand je me permets de voir — de voir vraiment — la variété et la beauté étonnantes du monde, je sais que Dieu est réel.   Quand je vois la tendresse d’un fils qui marche à côté de son père vieillissant ou la compassion d’une mère pour sa fille atteinte du cancer, la solidité de l’Amour est là devant moi.   Le Dieu qui nous a aimés le premier est là, en train d’enseigner, d’attendre, de veiller, d’espérer.   Thomas Merton a dit que “même le désir de Dieu plaît à Dieu”.   Même au fond de ma nuit sombre, le désir de Dieu n’a pas quitté mon cœur.

 

Jésus a dit à Nicodème qu’il devait renaître — chose apparemment impossible.   Pourtant dans cette vie nous connaissons tous des moments où il faut nous arrêter, nous reposer, attendre, lutter.   Avant chaque nouvelle naissance il y a une période d’incubation sombre, de croissance dans le silence. Il nous faut être cousus ensemble de nouvelles manières dans une attente intense jusqu’à ce que la Lumière qui est toujours présente glisse dans notre cœur et éclaire la voie à suivre.   La possibilité de cette nouvelle naissance peut être si effrayante qu’elle ressemble à la mort.   Vers la fin de sa vie, Jésus a dit à ses disciples: “…si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.”

Jean 12:24

 

Il faut que le vieux meure afin que le nouveau devienne.

L’idée de “mourir au vieux moi” est difficile à saisir. Un petit livre illustré, Hope for the Flowers [Espérer les fleurs], m’a aidée récemment à la voir de manière nouvelle. Il conte l’histoire de deux chenilles qui cherchent une vie plus significative.   L’une d’elles rencontre une vieille chenille grise qui lui dit qu’elle peut devenir papillon.   Ne sachant pas ce que cela veut dire elle lui demande, “Qu’est-ce qu’un papillon?”. L’autre répond que c’est “ce que tu es faite pour devenir.” Elle demande comment devenir papillon.

“Il te faut un tel désir de voler que tu veuilles bien abandonner ton existence de chenille”

“Vous voulez dire mourir ?”

“Oui et non… Ce qui semble être toi mourra mais ce qui est vraiment toi survivra.   La vie est changée, non pas détruite…”

                                      - Hope for the Flowers (p. 75)

 

A la fin du livre elle prend le risque, elle entre dans le noir du cocon et elle meurt de son ancienne vie pour devenir ce qu’elle était faite pour être.   Certaines parties de nous doivent mourir pour être transformées.   Faire naître la vie nouvelle est à la fois angoisse et joie.

 

Ainsi est-ce ma prière qu’avec le temps je puisse avancer, que nous puissions avancer, passer de la passivité à l’activité, renaître et chanter une chanson nouvelle — une chanson plantée dans notre cœur par Dieu — que notre cœur de pierre soit transformé en cœur de chair, en cœur intègre.

“Enseigne-moi tes voies, ô Eternel!

Je marcherai dans ta fidélité.

Je te louerai de tout mon cœur…”

Psa 86:11

Tom :

                Les paroles de Liz me laissent deux questions.   D’abord, à quoi sommes-nous appelés à témoigner. Et puis, qu’est-ce qui mène à la transformation? Je crois que ces deux questions sont liées ensemble, parce que je soupçonne qu’au fond ce à quoi il nous faut témoigner, c’est ce qui nous transforme.   Liz nous a rappelé la phrase de Jésus sur le grain qui doit tomber en terre et mourir afin de porter du fruit. Dans le huitième chapitre de Luc Jésus nous donne une métaphore semblable. C’est la parabole du semeur qui est sorti pour semer sa semence. Une partie est tombée le long du chemin, une partie sur le roc, une partie au milieu des épines, mais une autre partie est tombée dans la bonne terre et elle a donné du fruit au centuple. Interrogé par les disciples sur le sens de la parabole, Jésus l’explique en disant: “La semence, c’est la parole de Dieu ( Luc 8:11). L’épître de Jacques reprend ce thème:

“Recevez avec douceur la parole qui a été plantée en vous, et qui peut sauver vos âmes.

Mettez en pratique la parole et ne vous bornez pas à l’écouter en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements.”

( Jacques 1:21-22).

 

Cette semence, qui est la parole que Dieu plante dans notre cœur, la parole qui peut nous transformer, la tradition quaker dit que ce n’est pas la Bible seulement. C’est plutôt la parole dont parle le début de l’évangile de Jean, c’est le logos :

“Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu … Toutes les choses ont été faites par elle … en elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.”

( Jean 1:1-4).

 

La parole dont nous parlons existe depuis le début, elle était là déjà avant les gens, avant les livres. L’auteur de Deutéronome nous dit que cette parole n’est pas lointaine mais très proche, dans notre cœur ( Deut .30:14).   Or le but de toute parole est de révéler.   Si je te parle, cela révèle mes pensées, ce qui est dans moi.   De même, la parole de Dieu nous révèle Dieu.   Voilà pourquoi George Fox, à la suite de l’évangile de Jean, dit que c’est le Christ qui est “la parole de Dieu”, parce que Dieu nous est révélé de la manière la plus complète dans le Jésus de l’histoire et dans le Christ intérieur que nous rencontrons aujourd’hui.

 

Un des aspects de nos prédecesseurs quakers qui me plaît, c’est le riche vocabulaire qu’ils utilisaient pour parler de la réalité spirituelle. Vous venez d’entendre deux mots, la Semence et la Parole.   Ils parlaient aussi de la Lumière, de la Lumière du Christ, de la Lumière intérieure, du Christ intérieur, de l’Instituteur intérieur, du Saint-Esprit, de la Sagesse d’en haut, et le plus souvent, simplement, du Christ.

Ces expressions-là, enracinées dans le Nouveau Testament, sont des manières de parler du mystère divin qui peut nous transformer tous. Et c’est à elles que nous devons témoigner.   Jésus a dit devant Pilate: “Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité.” ( Jean 18:37).   Nous autres quakers nous parlons de nos témoignages.   Bien compris, ceux-là représentent nos manières de rendre compte de la vérité de notre transformation intérieure, faite par Dieu, nos manières d’en témoigner.   William Penn a dit des premiers quakers: “C’étaient des gens changés, avant qu’ils soient partis pour changer le monde”.   Il nous faut rappeler cela.

 

Malgré cette richesse de vocabulaire et de tradition, les Ami(e)s d’aujourd’hui font face à un grand obstacle quand il s’agit de parler de transformation. Le voici: nous sommes de bonnes gens, de bonne réputation.   C’est si bon que nous sommes tentés souvent de croire que le monde serait meilleur si les autres nous ressemblaient seulement davantage. Cette grave tentation nous incite à changer le monde d’abord, au lieu de commencer par nous-mêmes. Or, au cours de notre voyage des derniers mois, le voyage obscur auquel Liz a fait allusion, nous avons pu constater que d’une certaine manière nous sommes tous des gens brisés, des êtres brisés qui ont besoin d’être guéris, qui ont besoin de la grâce de Dieu. D’une certaine manière nous sommes tous des chenilles qui ne veulent pas encore avoir confiance en la possibilité de voler, qui ne veulent pas encore devenir ce que Dieu veut que nous soyons.

 

Je voudrais reprendre l’image de la semence, que je trouve très utile quand je pense à la vie spirituelle. Si on a planté un jardin on sait qu’on peut mettre le grain en terre, et travailler pour créer les conditions qu’il faut en fertilisant, en arrosant, en sarclant, mais qu’on ne peut pas faire croître le grain. Dieu seul fait cela. De même dans la vie spirituelle: on peut, on doit travailler pour créer les conditions optimales, mais la transformation vient de Dieu.   Ecoutons les paroles d’ Isaac Penington:

“Abandonne ta propre volonté, abandonne ta propre conduite, et ton désir de savoir quelque chose ou d’être quelque chose, et laisse-toi descendre jusqu’à la semence que Dieu sème dans ton cœur, et laisse-la exister en toi, croître en toi, respirer en toi, et agir en toi…”

 

L’apôtre Paul dit plus ou moins la même chose (I Cor . 3:7-9): “C’est Dieu qui fait croître… nous sommes ouvriers avec Dieu … Vous êtes le champ de Dieu”. D’autres traduction disent: “Vous êtes le jardin de Dieu”.

 

Nous sommes le jardin de Dieu … quelle belle pensée.   Je ne m’étais jamais rendu compte de sa beauté avant de lire dans ma Bible en kiswahili: wewe ni shamba ya Mungu .   Vous êtes la shamba de Dieu.   Or une shamba , nous diraient nos amis du Kenya, c’est en kiswahili un jardin ou un champ, mais c’est aussi une ferme et un lieu de naissance. Même si on se déplace pour vivre et pour travailler en ville, c’est toujours le lieu qu’on l’appelle “chez moi”. On y retourne au moins une fois par année, on espère y planter du maïs et vivre comme ses ancêtres.   C’est le lieu où on sera enterré un jour. Même si les circonstances vous amènent ailleurs, c’est dans ta shamba que tu désires résider.

 

Dire donc que nous sommes la shamba le Dieu, c’est dire que nous sommes le lieu où Dieu veut résider.   C’est dans notre cœur que Dieu veut planter cette semence, qu’il veut la voir porter des fruit.   Dieu nous désire, tout comme nous le désirons. C’est du fond de ce désir que Dieu envoie sa Parole, sa Lumière, sa Grâce: cela est l’initiative de Dieu pour se révéler, elle nous entoure, nous invite, et elle attend notre réponse. Thomas Kelly a dit que dans monde moderne “nous supposons que nous prenons l’initiative et